SAINT-BERTRAND-DE-COMMINGES

 

Saint-Bertrand-de-Comminges est un village rural de Haute-Garonne à la limite des Hautes-Pyrénées.

Les fouilles de l'antique cité débutèrent en 1913 et furent réalisées par la Société Archéologique du Midi de la France jusqu'en 1969 avec une interruption durant la première guerre mondial de 1914 à 1918.
Bertrand Sapène, nommé instituteur à Saint-Bertrand en 1919, participa fort activement à ce travail de recherche en créant en 1929 le musée départemental dans lequel sont exposées les nombreuses trouvailles archéologiques exhumées.
En 1969 les cites archéologiques sont abandonnés et en 1985 les terrains sont achetés par l'Etat et les fouilles sont reprises par le CNRS et les universitaires sous la direction des Antiquités Historiques du Midi de la France.

 

L'origine de cette ville remonte à -72 av. J.-C.: Pompée, après ses campagnes victorieuses en Espagne contre le général rebelle Sertorius, déporta des populations vaincues par son armée et les implanta  (convenae est un terme qui signifie "population rassemblée") à la limite occidentale du territoire contrôlé par Rome autour de l'oppidum de Lugdunum. De ce fait, la  cité romaine prit alors la dénomination de Lugdunum-Convernarum.

Lugdunum-Convernarum fut construite dans une zone prospère: vaste plaine fertile propice à l'agriculture et à l'élevage, importantes voies de communications (routes, fleuve) et nombreuses ressources naturelles (bois, mines, carrières de marbre,...).
A son apogée, la ville comptait une population de 30 000 habitants sur une superficie d'une soixantaine d'hectares.

Lors de la réorganisation de l'empire romain par Auguste durant les dernières années avant notre ère, cette ville acquit le statut de capitale de civitas munie du droit latin, devenant ainsi un centre politique et religieux. De cette période, datent l'aménagement monumental du centre de la cité (trophée symbolisant la pacification des Pyrénées occidentales) en 16-13 av. J.-C., le temple du culte impérial durant le premier quart du Ier siècle de notre ère, le forum et les thermes.

Les thermes, (photo ci dessus au premier plan) étaient bâtis à proximité du temple. Ils sont divisés en une succession de bains chauds et de bains froids, offrant un confort optimum grâce à un système sophistiqué de chauffage et de canalisations.

Le temple, pour sa part, était intégré dans un vaste forum. Seulement une partie de ce monument n'a pu être dégagée (de nombreuses colonnes et des chapiteaux) car il est recouvert par la route actuelle et l'école. Mais les éléments étudiés montrent l'importance de ce monument et donnent une idée des cérémonies qui ont pu s'y dérouler.

 

Lugdunum-Convernarum se situait au carrefour de deux grandes voies: la route d'Agen vers l'Espagne (axe nord-sud) et de la route de Toulouse à Dax (axe est-ouest).

Vers l'an 10 ap. J.-C, les voies furent déviées pour permettre le développement du centre de la cité et il fut érigé à l'emplacement primitif du carrefour, un monument circulaire dédié aux divinités protectrices des croisées des routes qui subsista jusqu'à sa destruction après l'an 378.

En l'espace de deux générations les gallo-romains édifièrent autour de ce monument, une cité composée de ces principaux monuments publics: temple, thermes publics, marché, théâtre; puis dans les siècles qui suivirent et vers l'extérieur de la ville: amphithéâtre, camp militaire, port sur la Garonne, ...

Face au temple, à proximité de ce monument circulaire, un des plus grands marché connu dans le monde romain fut découvert par les archéologues avec de nombreuses boutiques intérieures et extérieures.

 

Les gradins du  théâtre, probablement de l'époque Augustéenne puis agrandi au milieu du premier siècle, sont adossés à la colline qui domine la ville.

Actuellement, il ne reste plus que quelques gradins et un fragment de voûte d'un couloir de distribution (vomitoir) dans la moitié supérieure du monument.
Après son abandon, le théâtre subit de nombreuses dégradations: le site servit de nécropole au temps des mérovingiens, puis de carrière dès le XIème siècle et lors de la construction, en 1788, de la route qui monte à la ville haute, la partie occidentale du monument  fut complètement détruite. La scène et l'orchestre étant recouverts par des habitations n'ont pu être fouillés.

Après l'invasion dévastatrice des Vandales vers 409, puis en 418, Lugdunum-Convernarum fut cédée aux Wisigoths et n'appartint plus à Rome.
Par la suite, en 585, la guerre de succession entre Gontran et Gondovald, descendants tous les deux de Clovis, entraînait  la destruction radicale et définitive de la ville.

 

Durant un demi-millénaire, le cite demeura oublié. La résurrection de la ville fut initiée par l'évêque Bertrand de l'Isle-Jourdain (1083-1123) qui à l'origine se destinait à la carrière des armes.
Après la cérémonie de sa consécration à Auch, Bertrand de l'Isle-Jourdain fut certainement intronisé dans la petite basilique romane Saint-Just du XIème et XIIème siècle qui se situe sur la commune de Valcabrère.

Cette basilique est construite sur un plan de trois nefs de hauteur égale et surmontées d'un clocher carré remanié au XIVème siècle.
Cet édifice a été bâti avec des marbres deux fois millénaires récupérés dans les nécropoles romaines qui ceinturaient Lugdunum-Convernarum: sarcophages, colonnes appartenant à des mausolées, épitaphes, blocs moulurés, ...
Des sondages archéologiques montrèrent que la basilique fut bâtie sur des constructions probablement du IVème siècle, mais aucune découverte peut attester d'un ancien lieu de culte.

 

Le portail roman du cimetière (du XIIIème siècle avec des éléments du XIIème siècle) est un remploie et  proviendrait de l'ancien couvent des Cordeliers de Valcabrère.

 

Face à l'entrée du cimetière, un pilier porte une inscription funéraire romaine: "Elevé de son vivant par C. Julius Atticus, affranchi d'Eros, à la mémoire de Julia Salviola, affranchie d'Eros, et de C. Julius Victor, fils d'Atticus, âgé de 18 ans".

 

Cette basilique fut dédiée à Saints Just, Saint Pasteur et Saint Etienne (martyrisés en 304 en Espagne) et à Sainte Hélène (mère de l'empereur Constantin le Grand) dont les statues ornent la porte d'entrée (fin du XIIème siècle).

A l'intérieur, le tombeau reliquaire de Saint Just et de Saint Pasteur est porté par des animaux et il domine l'autel derrière lequel un passage permet aux pèlerins de prier sous la protection des saints.

 

Conformément aux décisions du concile de Toulouse en 1068, la construction d'une église-cathédrale et d'un cloître régi par la règle de Saint-Augustin débutèrent.
De nombreuses bâtisses sortirent de terre sur les flancs de la colline et une nouvelle ville était en train de naître.

 

L'évêque Bertrand de l'Isle-Jourdain qui lança les travaux de l'église-cathédrale ne put les terminer. Son vaste programme dura jusqu'à la fin du XIème siècle au début du XIIème siècle.

A la fin du XIIème siècle au début du XIIIème siècle le clocher, l'avant-nef et le palais épiscopal sont surélevés, le cloître est agrandi et des salles capitulaires sont construites.

 

Au XIVème siècle, sous le règne de Philippe le Bel, Bertrand de Goth, premier pape d'Avignon fit poser en 1304 la première pierre de la cathédrale. La voûte fut achevée par Hugues de Châtillon (1336-1371).

Par la suite, Pierre de Foix (1422-1451) fit bâtir le mausolée de Saint-Bertrand et Jean de Mauléon (1523-1551) puis il  finança les boiseries, les orgues, des vitraux et des tapisseries.

 

Suite à la renommée des miracles de Bertrand de l'Isle-Jourdain et à son travail d'évangélisateur, un de ses successeurs demanda en 1218 au pape Honorius III son inscription au catalogue des saints et Clément V éleva solennellement ses reliques en 1309.

La ville prit alors le nom de Saint-Bertrand entre 1218 et 1222.

 

La cathédrale Notre-Dame est dotée d'un puissant clocher en forme de tour.

 

Le portail roman à plein cintre date de la fin du XIIème siècle.

 

Le tympan est composé de cinq pierres sculptées. Il représente Saint-Bertrand (à droite) et les apôtres associés à une adoration des Mages (à gauche). Les rois s'avancent avec leurs présents (or, myrrhe, encens dans l'inscription au dessus) vers la Vierge assise tenant l'Enfant. Des anges planent et agitent des encensoirs.
Le linteau (dessous) représente les 12 apôtres.

 

A l'intérieur de la cathédrale, le remarquable jubé en bois est composé de deux groupes de trois figures.

Cette porte d'entrée au coeur et aux 66 stalles (pour isoler les chanoines des fidèles durant les offices) datent du XVIème siècle et ont été inaugurés par son commanditaire, l'évêque Jean de Mauléon, en 1535.

 

Détails du jubé (partie de droite): la vierge entre Saint Jean-Baptiste et Sainte Geneviève.

 

Détails du jubé (partie de gauche): Saint Bertrand.

 

Le mausolée de Saint Bertrand fut construit par Pierre de Foix (1422-1451). Il présente l'aspect d'une grande châsse richement décorée de tableaux (des XVIIème et XVIIIème siècle) et de sculptures. Le mausolée servait avant l'installation des boiseries du coeur, de retable au maître-autel.

Par un passage étroit, on accède à une niche, où la châsse d'ébène et d'argent offerte par le Baron de Lassus est exposée.

 

L'orgue est situé à l'encoignure nord-ouest de la cathédrale et se développe à angle droit sur une hauteur de 15 mètres et 10 mètres de large.

Il est en bois sculpté et fut sans doute érigé par l'évêque Jean de Mauléon après l'inauguration des boiseries du coeur en 1535. Son auteur reste encore inconnu.

Le buffet d'orgue est supporté par cinq colonnes corinthiennes que relie un plafond orné. La partie supérieure est constituée de trois étages: un soubassement de trois frises sculptées, des tuyaux de l'orgue et le couronnement.
A la révolutions, les 30 jeux de tuyaux en étain de Cornouailles qui dataient de 1760 furent réquisitionnés. En 1835 ils furent remplacés par 120 tuyaux.

 

 

 

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