LE PIC DU MIDI DE BIGORRE

 

 
L'observatoire astronomique et l'antenne de télévision au sommet du Pic du Midi.

 

Le Pic du Midi de Bigorre, 2877 m d'altitude, est loin d'être le plus haut sommet des Pyrénées. Malgré sa taille imposante, vu de la plaine du fait de sa situation avancée sur la chaîne centrale, il fut considéré très longtemps comme le point le plus élevé.

En été il est aisé de vaincre ce sommet; de ce fait l'auteur de "la première" reste inconnu. Par contre, des noms célèbres sont restés liés à cette montagne. Scalinger y monta de nombreuses fois durant le 16ème siècle, mais c'est l'astronome Plantade de Montpellier qui le premier laissa un souvenir durable suite à un événement tragique: il mourut un sextant à la main en 1741 à l'âge de 70 ans à Sencours, un col situé à la base du Pic du Midi à 2370 m.

En 1743, le Baron de Secondat, fils de Montesquieu, vint y mesurer les points d'ébullition du vif-argent et de l'esprit-de-vin et démontra ainsi que l'altitude était la même que celle du Canigou.

Par la suite, vers 1774 Monge et Darcet montèrent au Pic du Midi pour effectuer le nivellement et étudier la pression atmosphérique. Darcet eut l'idée de créer un observatoire météorologique mais la Révolution de 1789 fit avorter ce projet.

Le célèbre pyrénéiste Ramond de Carbonnières gravit souvent au sommet durant cette époque pour y faire des études de botanique, de géologie et de physique. 
Enfin, en 1787 Vidal et Reboul de Toulouse puis le colonel Peytier en 1821 nivelèrent le Pic et  déterminèrent avec grande précision ses coordonnées géographiques.

Après une longue pause dans cet acheminement vers la fondation, en 1852, le Docteur Costallat de Bagnères-de-Bigorre, fonda, avec l'aide d'une société par actions, une hôtellerie à Sencours dans le but de loger des touristes mais aussi des observateurs scientifiques.
Les travaux débutèrent aussitôt et elle fut inaugurée le 13 septembre 1852. Malheureusement elle devait être détruite par une avalanche durant l'hiver de 1853.

Le Dr Costallat émit par la suite à Leverrier (directeur de l'Observatoire de Paris et découvreur par le calcul de la planète Neptune) l'idée de construire un bâtiment au sommet du Pic. Les Physiciens Foucault et Babinet, le chimiste Dumas donnèrent un avis favorable à ce projet.
Une station météorologique fut installée en 1856 à Sencours en attendant celle du sommet.

En 1865 la Société Ramond est créée par Emilien Frossard, Charles Packe et Henry Russel à Bagnères-de-Bigorre avec pour but d'étudier les Pyrénées du point de vue scientifique et ethnographique.
En 1867, l'astronome anglais John Herschell écrivit à son président le Dr Costallat pour l'encourager à fonder un observatoire. De nombreux rapports furent rédigés mais l'État les "enterrait" régulièrement.

Le Colonel de Nansouty originaire de Dijon, en garnison à Alger, avait eu vent du projet et il accepta de faire partie de la future Commission et offrit une souscription personnelle.
Nansouty connaissait bien Bagnères-de-Bigorre depuis au moins 1860; il s'y plaisait et y avait acheté une maison. De plus, il s'intéressait aux sciences de la nature.

La guerre de 1870 entrava de nouveau le projet. Costallat ébranlé par ce malheur mourut découragé et la Société Ramond vécut au ralenti.

A la fin de la guerre, le Général Nansouty avait été obligé de quitter l'Armée car à Sedan il avait dégagé ses troupes en se retirant au moment de la capitulation, ce qui permit de les employer ensuite à l'armée de la Loire. Cette action approuvée par l'opinion à cause de son efficacité, fut mal jugée en haut lieu car il était parti sans ordre.
En 1871, Commandant militaire à Toulouse, il ne s'est pas opposé avec vigueur à une tentative de Commune qui a avorté rapidement afin d'éviter une effusion de sang.
Là encore, les avis furent partagés sur la façon d'agir du Général. Il subit une disgrâce écrasante: abaissement de grade et "mis en retrait d'emploi". 
De plus, la presse ayant publié un article le concernant, il réagit en faisant insérer une réponse vigoureuse. Le résultat ne se fit pas attendre: punition disciplinaire de 60 jours de forteresse à la Citadelle de Bayonne.

A 56 ans, libre et désabusé il à un immense besoin d'activité. Marié, sans enfant, il vint habiter sa maison de Bagnères et fit parti de la Société Ramond en tant que Président de la Commission de l'Observatoire. 
Il se voua entièrement à cette tâche durant neuf ans, en investissant des capitaux considérables et sacrifiant sa santé.

Une second fois le hasard fit bien les choses.
L'Ingénieur Vaussenat originaire de Grenoble, vient en 1859 diriger l'exploitation de mines en Bigorre et s'attache à cette région pour ne plus la quitter. Par son mariage, il s'allie à une vieille famille bagnèraise et comme Nansouty, il est membre de la Société Ramond où il en devient le Secrétaire.

 

 
Le Général de Nansouty et l'Ingénieur Vaussenat au col du Sencours.

 

En application des décisions prises à la réunion de novembre 1872, une station météorologique provisoire est installée à Sencours en attendant que soit réalisée la construction définitive du sommet. Celle-ci commence à fonctionner le 1er août 1873.
Vaussenat se consacra  d'une manière absolue à ce travail, avec une fécondité remarquable pour trouver des fonds.

Le 8 août de la même année, Baylac , un ancien sous-officier, entre en fonction. Il doit réaliser des observations toutes les trois heures et tous les matins il effectue une heure et demi d'ascension pour compléter les relevés au sommet.

Pendant l'hiver qui suivit, Nansouty et Vaussenat montèrent plusieurs fois au sommet du Pic du Midi pour démontrer que le site restait accessible en toute saison.
A la fin de l'année 1873, un baraquement y fut installé pour abriter les ouvriers qui devaient réaliser les premiers travaux de terrassement.

Le 1er juin 1874, le Général s'installa à l'Hôtellerie avec la ferme intention d'y hiverner pour démontrer que cela était faisable.
Les observations furent faites jusqu'au 14 décembre 1874 où le départ fut décidé après un "ouragan" qui défonça les ouvertures du bâtiment.
La descente fut très pénible avec une température de -20°C et 1m80 de neige poudreuse, ils leur fallut seize heures de marche.
Une campagne de presse s'en suivit et une bonne opinion publique fit que les dons affluèrent. Ils permirent ainsi à Hétier, un Ingénieur des Ponts-et-Chaussées, de réaliser les premiers plans du bâtiment.

Le 1er juin 1875, la station fut de nouveau investie, les observations reprirent sans interruption et l'emplacement de l'habitation qui va être construite au sommet est choisi.

Grâce aux souscriptions qui affluent de nouveau, les premiers plans sont repris par l'Ingénieur Harlé et la réalisation débute le 22 mai 1878 par l'arasement du sommet pour créer une aire assez vaste.
La première pierre de l'observatoire est posée le 20 juillet et la maçonnerie était à moitié faite le 15 septembre.
Au moment des gelées, les travaux étaient suspendus pour reprendre au début de chaque été.
Le gros oeuvre fut terminé le 30 juillet 1880 et l'aménagement intérieur fut fini le 1er octobre 1881.
L'hiver suivant le Général Nansouty, qui avait hiverné jusqu'à maintenant au col du Sencours, passa la saison au sommet dans le modeste bâtiment de 20 mètres de long sur 8 mètres de large qu'il avait contribué à édifier.

 

   
L'Observatoire en 1880.

 

 Le devis réalisé par Harlé s'élevait à 40 000 F et la dépense dépassa 217 000 F. L'Observatoire était très endetté et malgré les efforts que déployait Vaussenat pour le financement, les dettes ne faisaient que croître. Plusieurs fois le Général Nansouty et Vaussenat durent payer de leurs deniers les fournisseurs.
La situation devint intenable pour les deux fondateurs, ils durent se résoudre à céder à l'État un établissement dont la charge était trop lourde pour eux. Le 7 septembre 1882 eut lieu la remise officielle de l'Observatoire du Pic du Midi à l'État.

Après la cession, Vaussenat fut nommé Directeur et le Général de Nansouty qui ne voulut pas être rétribué fut nommé Directeur honoraire. Ce dernier résida au Pic et y passa encore trois hivers, puis à soixante-dix ans il se retira à Dax où il mourut le 14 mars 1895.

Les problèmes financiers se firent moins ressentir. Vaussenat fut Directeur durant dix années, il acheva et agrandit les constructions, il fit installer une plate-forme pour abriter le matériel de météorologie et fit même relier ces deux locaux par un tunnel creusé dans le roc.
Le matériel scientifique fut complété et obtint l'achat d'une lunette astronomique de 20 cm de diamètre.

Pendant l'hiver 1891, Vaussenat qui ne ménageait pas sa santé, tomba gravement malade. Il du être redescendu sur un fauteuil en guise de chaise à porteurs. En cours de route la chaise se rompit et les porteurs durent le descendre sur leurs mains croisées jusqu'à la route.
Huit jours plus tard, le 16 décembre 1891, il expirait à Bagnères-de-Bigorre à l'âge de soixante ans.

 

 

 

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